Trouver le bon statut

Auto-entrepreneur et chômage : cumuler l’ARE pas à pas

Guide auto entrepreneur et chomage : découvrez comment cumuler ARE et micro-entreprise, calculer l’abattement et déclarer vos revenus à France Travail.

par Brigitte Besnard 11 min de lecture

Auto-entrepreneuse devant son ordinateur, calculant son chiffre d'affaires pour France Travail.

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Le cumul entre auto-entrepreneur et chômage repose sur une idée simple : les droits à l’allocation chômage proviennent de l’emploi salarié perdu, pas de l’entreprise créée. Tant qu’il vous reste des jours indemnisables, l’assurance chômage peut accompagner le lancement de votre activité, soit en complétant chaque mois des revenus encore faibles, soit en vous versant un capital de départ. Tout se joue sur trois décisions prises tôt : la formule retenue (maintien de l’ARE ou ARCE), la rigueur de la déclaration mensuelle du chiffre d’affaires et la demande d’ACRE pour alléger les cotisations.

Peut-on toucher le chômage et être auto-entrepreneur en même temps ?

Oui. Le régime de la micro-entreprise n’interdit pas de rester demandeur d’emploi indemnisé, et France Travail prévoit explicitement le cas des créateurs. Le point de départ reste toujours une fin de contrat salarié ouvrant des droits : licenciement, rupture conventionnelle, fin de CDD ou démission considérée comme légitime.

Il faut en revanche bien comprendre un principe que beaucoup découvrent trop tard : un auto-entrepreneur ne cotise pas au régime d’assurance chômage géré par l’Unédic. Ses cotisations sociales financent la maladie, la retraite ou les allocations familiales, mais aucune assurance contre la perte d’activité. Le chiffre d’affaires réalisé ne recharge donc pas vos droits, et la fermeture de la micro-entreprise ne déclenche pas d’ARE à elle seule.

Pour conserver l’allocation pendant la création, quatre conditions doivent être réunies :

  • disposer de droits ARE ouverts, ou en cours d’ouverture au moment de l’immatriculation ;
  • être inscrit à France Travail et effectuer son actualisation chaque mois ;
  • signaler la création de l’entreprise et sa date de début d’activité ;
  • ne pas avoir demandé l’ARCE au titre des mêmes droits.

Avant de vous immatriculer, relevez dans votre espace France Travail le nombre de jours d’indemnisation restants et le montant de votre allocation journalière : ces deux chiffres servent de base à tous les calculs qui suivent. Si vous hésitez encore sur la forme juridique, les critères pour choisir entre micro-entreprise et société méritent d’être posés avant de lancer les démarches, car le traitement des revenus par France Travail diffère selon le statut.

Maintien de l’ARE ou ARCE : deux façons de financer le démarrage

Le créateur indemnisé choisit entre deux mécanismes qui ne se cumulent pas. Le premier garde le versement mensuel en l’ajustant à vos recettes. Le second transforme une partie de vos droits en capital.

CritèreMaintien de l’AREARCE
Forme du versementAllocation mensuelleCapital en deux versements, le second environ six mois après le premier
MontantAllocation réduite selon les revenus du mois60 % des droits restants
Lien avec le chiffre d’affairesDirect : plus vous encaissez, moins vous percevezAucun : le capital ne dépend pas des recettes
Condition particulièreActualisation et déclaration des recettes chaque moisAvoir obtenu l’ACRE ; second versement subordonné à la poursuite de l’activité
Profil adaptéActivité qui démarre progressivement, recettes irrégulièresBesoin de trésorerie immédiat : matériel, stock, local, véhicule

L’ARCE paraît séduisante parce qu’elle met de l’argent sur la table tout de suite. Elle a pourtant un coût : en renonçant à 40 % de vos droits restants, vous échangez une sécurité mensuelle contre un montant fixe. Pour une activité de service sans investissement, dont les premiers clients arrivent lentement, le maintien de l’ARE protège généralement mieux le revenu du foyer. Pour un projet qui exige un achat important dès le premier mois, le capital peut éviter un emprunt.

Le choix de l’ARCE est difficilement réversible : une fois le capital versé, le maintien mensuel n’est plus possible sur ces droits. Faites donc la simulation sur douze mois des deux options avec votre prévisionnel de chiffre d’affaires, puis validez-la avec votre conseiller avant de déposer la demande.

Comment l’ARE est ajustée au chiffre d’affaires de l’auto-entrepreneur

France Travail ne retient pas votre chiffre d’affaires brut. Il applique d’abord l’abattement forfaitaire fiscal propre à la micro-entreprise, qui dépend de la nature de l’activité :

  • 71 % pour l’achat-revente de marchandises et la fourniture de logement ;
  • 50 % pour les prestations de services relevant des BIC (artisans, commerçants prestataires) ;
  • 34 % pour les activités libérales relevant des BNC.

Le revenu obtenu après abattement est ensuite multiplié par 70 %, et ce montant est retiré de l’allocation mensuelle que vous auriez perçue sans activité. Le résultat est converti en nombre de jours indemnisés.

Un exemple illustre le mécanisme. Prenons une allocation mensuelle théorique de 1 200 € et une prestataire de services BIC qui encaisse 1 000 € sur le mois. Après abattement de 50 %, le revenu retenu est de 500 €. France Travail en déduit 70 %, soit 350 €, et verse environ 850 € d’ARE. Le total perçu sur le mois atteint donc 1 850 € avant cotisations sociales, mais ce cumul ne peut jamais dépasser l’ancien salaire mensuel de référence.

Ce système a un avantage souvent négligé : les jours non indemnisés ne sont pas perdus. Ils restent dans votre capital de droits et prolongent d’autant la période pendant laquelle vous pouvez être indemnisé. Un mois à faibles recettes consomme presque tous les jours du mois, un mois très rentable en consomme peu ou pas.

Concrètement, tenez un registre des recettes à jour au fil des encaissements, et non à la date de facturation : c’est l’argent effectivement reçu qui compte, aussi bien pour l’Urssaf que pour France Travail.

Comment déclarer ses revenus d’auto-entrepreneur à France Travail, étape par étape

La déclaration se fait dans le cadre de l’actualisation mensuelle, celle que tout demandeur d’emploi réalise en fin de mois. La difficulté tient au fait que deux organismes reçoivent le même chiffre d’affaires, et que les montants doivent concorder.

  1. Signalez la création à France Travail dès l’immatriculation, avec le numéro SIRET et la date de début d’activité indiqués sur l’avis de situation.
  2. À chaque actualisation, déclarez que vous avez exercé une activité non salariée et indiquez le chiffre d’affaires encaissé dans le mois, sans appliquer vous-même l’abattement.
  3. Déclarez le même chiffre d’affaires à l’Urssaf, selon la périodicité choisie.
  4. Conservez relevés bancaires, factures et attestations de déclaration Urssaf : ils peuvent être demandés lors d’un contrôle.
  5. Vérifiez le montant versé le mois suivant et signalez rapidement tout écart à votre conseiller par la messagerie de votre espace.

Opter pour la périodicité déclarative mensuelle à l’Urssaf

Un auto-entrepreneur déclare son chiffre d’affaires à l’Urssaf chaque mois ou chaque trimestre. Pour un créateur indemnisé, la déclaration trimestrielle complique la vie : le chiffre d’affaires définitif n’est arrêté qu’en fin de trimestre, ce qui peut entraîner des versements provisoires puis des régularisations, parfois sous forme de trop-perçu à rembourser. La périodicité mensuelle aligne les deux calendriers et rend chaque mois d’allocation définitif.

Le choix se fait lors de la création du compte sur le portail autoentrepreneur.urssaf.fr. Par la suite, la modification se demande depuis l’espace personnel et prend en principe effet à partir de l’année civile suivante : anticipez-la dès que votre inscription à France Travail est confirmée.

Trop-perçu d’allocations : les erreurs de déclaration à éviter

La plupart des demandes de remboursement viennent de quelques confusions répétées : déclarer le chiffre d’affaires facturé au lieu de l’encaissé, appliquer l’abattement avant de saisir le montant (il serait alors compté deux fois), omettre un acompte reçu ou laisser un mois sans actualisation. Un écart entre la déclaration Urssaf et celle de France Travail suffit aussi à déclencher une révision. Une vérification croisée de cinq minutes chaque mois évite ces situations.

ACRE et cotisations : alléger les charges pendant le cumul chômage

L’ACRE accorde une exonération partielle et temporaire des cotisations sociales pendant la première année d’activité environ. Les demandeurs d’emploi indemnisés en font partie des bénéficiaires. Pour un micro-entrepreneur, l’aide prend la forme d’un taux de cotisation réduit appliqué au chiffre d’affaires déclaré ; ce taux a été revu à la baisse pour les micro-entreprises, consultez donc la valeur en vigueur sur le site de l’Urssaf au moment de votre création.

L’ACRE se demande auprès de l’Urssaf dans les 45 jours qui suivent la déclaration de création, à l’aide du formulaire prévu. Ce délai compte doublement pour qui vise l’ARCE, puisque l’obtention de l’ACRE conditionne le versement du capital. Avec le maintien de l’ARE, l’exonération n’est pas obligatoire mais elle augmente directement le revenu net laissé par chaque euro encaissé.

Gardez en tête que ces cotisations vous ouvrent des droits en matière de santé et de retraite, mais aucune protection contre la perte d’activité. Pour mesurer ce que couvre chaque statut, un point sur le régime social applicable selon la forme juridique aide à anticiper la sortie du chômage. Notez dans votre agenda la date limite des 45 jours le jour même de l’immatriculation.

Fin des droits ou arrêt de la micro-entreprise : les effets sur l’allocation chômage

Trois situations se présentent, avec des conséquences très différentes.

Si vos droits s’épuisent alors que l’activité continue, l’allocation s’arrête et rien ne vient la remplacer, puisque le chiffre d’affaires n’a pas rechargé de droits. Seule une nouvelle période de travail salarié peut en ouvrir. Calculez donc dès le départ la date probable de fin d’indemnisation et fixez-vous un niveau de recettes à atteindre avant cette échéance.

Si vous arrêtez la micro-entreprise pendant que vous êtes indemnisé, vous déclarez la cessation à France Travail et l’ARE reprend à taux plein sur les jours restants. Après une ARCE, le reliquat de droits peut, sous conditions, être repris, diminué du capital déjà perçu.

Enfin, l’allocation des travailleurs indépendants (ATI) existe pour certains indépendants qui cessent leur activité, mais ses conditions de revenus antérieurs et de durée d’activité sont strictes, son montant forfaitaire reste modeste et sa durée est limitée. Elle ne doit pas être envisagée comme un filet de sécurité automatique.

Lorsque l’activité se développe, la question du changement de structure se pose : un dirigeant de SASU qui ne se verse pas de rémunération peut par exemple conserver son allocation, à condition de maîtriser les clauses sensibles des premiers statuts de SASU. Pour un projet à plusieurs ou avec un patrimoine à protéger, il est aussi utile de comparer ce qui distingue réellement l’EURL de la SARL avant de quitter la micro-entreprise.

Cas particuliers du cumul ARE et auto-entreprise

Peut-on démissionner pour lancer sa micro-entreprise et percevoir l’ARE ?

C’est possible dans le cadre du dispositif de démission pour projet de création ou de reconversion. Il suppose en principe cinq années d’activité salariée continue, un accompagnement par un conseiller en évolution professionnelle et la validation du caractère réel et sérieux du projet par la commission Transitions Pro avant la démission. Sans cette validation préalable, une démission n’ouvre normalement pas droit à l’ARE.

Un salarié déjà auto-entrepreneur en parallèle garde-t-il ses droits après la perte de son emploi ?

Oui, les droits sont calculés sur l’emploi salarié perdu, et l’activité indépendante existante ne les empêche pas. Elle doit être déclarée lors de l’inscription, puis ses recettes mensuelles réduisent l’allocation selon la même règle de calcul que pour une création.

Faut-il déclarer un mois sans chiffre d’affaires à France Travail ?

Oui, l’actualisation reste obligatoire et il suffit d’indiquer un montant nul. L’ARE est alors versée en totalité pour le mois. Oublier l’actualisation peut entraîner l’interruption des versements, voire une radiation.

L’ARCE doit-elle être remboursée si la micro-entreprise ferme ?

Non, le premier versement reste acquis. En revanche, le second n’est pas payé si l’activité a cessé avant son échéance. Les droits non consommés peuvent ensuite être repris sous conditions, déduction faite du capital déjà versé.

L’auteur

Brigitte Besnard

juriste en droit des sociétés

Je teste moi-même ce que je recommande. Ma spécialité : statuts juridiques et rédaction d’actes.

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